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Carte rouge pour le trafic aérien

Franchir des distances importantes en quelques heures seulement, découvrir des pays exotiques, déguster des fraises du Chili en plein hiver, ... L’avion a révolutionné nos façons de vivre. Mais il entraîne aussi tout un cortège de nuisances : pollution sonore pour les riverains des aéroports, pollution atmosphérique, qui ne peuvent laissées indifférents les Amis de la nature attachés à une recherche du développement durable.

La progression à l’échelle mondiale du trafic aérien - avec à présent un doublement tous les dix ans du trafic de voyageurs et de marchandises - constitue pour les Amis de la nature une atteinte grave au climat mondial. Dès la prochaine décennie, le trafic aérien pourrait rejoindre le trafic routier comme l’agresseur du climat ; le monde s’achemine vers la crise climatique.

Le trafic aérien et l’environnement

De nos jours, plus de 2 milliards de voyageurs et 42 millions de tonnes de marchandises sont annuellement transportés par avion sur tout le globe, le nombre des voyageurs croît de 8% par an, les transports de marchandises de 13%. La moitié des kilomètres parcourus le sont à des fins touristiques, les vols sur de courtes distances, particulièrement nuisibles à l’environnement, progressent hors proportions. Plus de 40% de tous les voyages aériens se font sur des distances inférieures à 800 km.

A présent la part du trafic aérien dans la consommation mondiale de pétrole est de 6%, celle dans les rejets anthropogènes de gaz carbonique dans l’atmosphère se monte à 3%. Ceci peut sembler peu ; mais compte tenu de ce que 6,5% seulement de la population mondiale prennent part au trafic aérien et de ce que les incidences des gaz de serre sont plus graves aux altitudes sensibles entre 9.000 et 13.000 m que près du sol, c’est quand même beaucoup. Restant dans l’atmosphère pendant environ six mois, les polluants y ont donc une vie de 500 fois plus longue et leur effet sur le climat est renforcé par les températures basses. 1 litre de carburant brûlé dans l’atmosphère aurait ainsi des incidences environ deux fois plus grandes qu’à proximité du sol.

Un jumbo brûle 16 000 litres de kérosène par heure, environ 230 milliards de litres sont consommés chaque année et mondialement par le trafic aérien. si la consommation de carburant des moteurs a diminué de moitié ces derniers 20 ans, le volume des transports a progressé de 25 fois !

La combustion d’un kilogramme de kérosène dégage 3,15 kg de gaz carbonique, 20g d’azote et 1,24 kg de vapeur d’eau. Les oxydes d’azote (NOx) ainsi dégagés se transforment en ozone qui, avec le soufre, la suie et la vapeur d’eau, est responsable de l’effet de serre.

Le trafic aérien et les coûts

Pour stabiliser le climat mondial, les nations industrielles ont à réduire les rejets annuels de gaz carbonique, actuellement de 12 tonnes par habitant, à 2,3 tonnes en 2050.

Au niveau du trafic, le budget de CO2 de chaque Européen occidental devrait ainsi être réduit à 600 kg. L’automobiliste qui fait 5 fois le plein de 50 litres a déjà épuisé sont budget-"transport" compatible avec le climat.

Pendant un voyage en Nouvelle-Zélande, un avion normalement occupé consomme environ 8 tonnes de dioxide de carbone par personne. Ceci dépasse nettement la consommation moyenne annuelle de l’Européen occidental et signifierait un dépassement de plus de 13 ans du budget-"transport" annuel, durablement compatible avec le climat.

Ces taux de croissance extrêmes sont aussi le résultat d’une distorsion de la concurrence, suite à la non-imposition du trafic aérien. Si la plupart des pays européens, outre la TVA, perçoivent des taxes supplémentaires assez élevées sur l’essence, le diesel et le fuel, le kérosène - en fonction de conventions internationales - est exempt de tout impôt (même de la TVA). Un litre de kérosène coûte toujours un cinquième du prix moyen de l’essence en Europe. Si la taxe sur les carburants et le fuel frappe l’ensemble de la population, les voyages d’affaires et les vacances d’une mince partie de la population mondiale sont exempts de l’imposition du carburant.

Ce que chacun d’entre nous peut faire

-  La consommation d’énergie et les rejets de polluants par l’avion sont les plus massifs au départ et à l’atterrissage de l’appareil, de sorte que le bilan de polluants est extrèmement négatif pour les vols à courte distance. Pour des distances inférieure à 700 km, on profitera autant d’un voyage en train.

-  Prenons l’avion moins souvent, et allongeons nos séjours de vacances. Nous en jouirons davantage et nous connaitrons mieux le pays et ses habitants.

-  Faisons nos réservations seulement auprès de compagnies aériennes dont les appareils sont équipés de réacteurs de la toute dernière technologie : ils consomment moins de kérosène et font moins de bruit.

-  Utilisons les transports en commun pour accéder à l’aéroport. L’automobile a le bilan écologique le plus défavorable de tous les moyens de transport.

-  En achetant des produits alimentaires, intéressons-nous à leur provenance. Des haricots du Kenya, des asperges ou des fraises du Chili sont proposés très bon marché, parce que , le kérosène étant exempt de taxation, les tarifs de leur acheminement par avion ne reflètent pas le coût effectiuf du transport. Une concurrence déloyale est ainsi faite aux marchandises du marché intérieur (avec en hiver, production en serre), et dans les pays d’origine des produits importés, cette pratique peut favoriser l’exploitation du paysage et des habitants (travail des enfants !)

-  Dans un cadre professionnel ou associatif, les nouvelles technologies de communication, comme les conférences par téléphone, le courrier électronique ou le téléphone visuel permettent d’éviter des déplacements par avion, font gagner du temps et épargnent l’environnement et les bourses.

Les Amis de la Nature demandent

1. Des mesures d’urgence

-  Introduction d’une taxe sur le kérosène à l’échelle européenne

* dont le taux minimum serait celui de l’actuelle taxe sur l’essence,

* augmentée annuellement, avec l’objectif de son doublement par rapport à l’essence

* des taxes liées aux rejets au départ et à l’atterrissage des appareils, avec taxation particulièrement sévères des vols à courte distance.

Les recettes au titre de ces taxes (env.8 milliards d’écus annuellement pour toute la Communauté) sont à affecter à des programmes de protection du climat.

(Motion de l’Union Européenne, adressée à la Conférence sur le changement du climat àKyoto/Japon, comportant des propositions visant à la réduction des transports aériens, comme contribution à la mise en oeuvre des décisions de Rio)

2. Des mesures à court et moyen terme

-  Introduction d’une taxe globale sur le kérosène

-  Réduction de la progression du trafic aérien par :

* un renchérissement et par le démontage de tous les allègements fiscaux, notamment pour les courts courriers

* l’aménagement accéléré des lignes de chemin de fer susceptibles de remplacer les courts courriers

* des éco-bilans annuels de tous les aéroports

-  Informations renforcées aux consommateurs, à diffuser par les ministères des Transports et les associations de consommateurs, portant sur les dangers écologiques du trafic aérien, et recommandant en particulier de renoncer aux voyages courts :

* pour des distances inférieures à 700 km, le train est à privilégier en tout cas

* au niveau des distances longues, de voyager moins souvent, mais de séjourner plus longtemps

* mesures en faveur de la télécommunication dans la vie professionnelle, politique et associative

3. Des mesures à long terme

-  Coopération rail/avion, dans le but de la suppression de tous les courts courriers et du transfert sur le rail

-  Développement de nouvelles technologies, par exemple modes de propulsions moins agressifs pour l’environnement, recherches en vue de la substitution du kérosène, par exemple par l’hydrogène

L’Internationale des Amis de la Nature participe à la campagne européenne "Right Prices for Air Travel", lancée par les organisations de défense de l’environnement. Par une obligation librement consentie, l’Internationale des Amis de la nature applique depuis plusieurs années une règlementation, en fonction de laquelle les collaborateurs sont astreints à prendre le train pour des déplacements de moins de 700 km.


Extraits de "Prendre l’avion avec intelligence ou pas du tout"

Brochure éditée par l’Internationale des Amis de la nature

Commentaires sur l'article
  •  Carte rouge pour le trafic aérien, par maxens shine Bravo, le 04 janvier 2007 à 15h36
    Bravo pour votre article. Cette demarche d information est tres importante et meriterait d etre affiché dans les aeroports. il est temps d informé les passagers de leurs actes et de leur responsabilité. Une prise de conscience s amorce - nous devons tous agir MAINTENANT ! En vous renouvellant mes encouragements !